Sur la piste du Vaccin anti-Covid : Au Liban l’équité et la transparence sont les clés d’une campagne de vaccination réussie

Le premier lot de vaccins contre la COVID-19 destiné au Liban a été livré le 13 février 2021 dans le cadre du projet en faveur de la résilience du système de santé au Liban (LHRP), financé par la Banque mondiale. Il s’agit du premier soutien de l’institution à une opération de vaccination anti-COVID dans le monde. Le Liban a officiellement lancé sa campagne nationale de vaccination à l’hôpital universitaire Rafic Hariri de Beyrouth le 14 février. La première personne à recevoir le vaccin a été le Dr Mahmoud Hassoun, chef de l’unité de soins intensifs de l’hôpital. La deuxième était Salah Tizani, acteur libanais très populaire âgé de 93 ans. Tous deux représentent les groupes prioritaires ciblés par les premières phases de la campagne : les professionnels de santé en première ligne et les personnes âgées ou souffrant de comorbidités.

« Je dis à tout le monde de venir se faire vacciner, de ne pas avoir peur. Mieux vaut être vacciné que terrassé par ce virus mortel », a déclaré M. Tizani à l’AFP. Malgré les difficultés de mise en œuvre à venir, la vaccination contre la COVID-19 au Liban permettra de sauver des vies et de soutenir la reprise économique dans un pays qui en a bien besoin.

Le Liban est aux prises avec trois crises de très grande ampleur : une débâcle économique depuis octobre 2019, la pandémie de COVID-19 et les conséquences de l’explosion du port de Beyrouth. Cette catastrophe a endommagé 292 établissements de santé (a) et sérieusement limité l’accès aux soins de santé, en particulier pour les personnes vulnérables, une situation encore aggravée par l’irruption de la COVID-19.

En mars 2020, au début de la pandémie, la Banque mondiale a décidé de réaffecter 40 millions de dollars à la lutte contre la COVID-19 dans le cadre du LHRP, un projet de 120 millions de dollars approuvé en 2017 pour aider le gouvernement à améliorer la fourniture de services de santé de qualité aux Libanais pauvres et aux réfugiés syriens. Cette réaffectation était le premier financement alloué par la Banque mondiale pour soutenir un pays dans sa lutte contre le nouveau coronavirus. Elle a permis d’acheter du matériel et des fournitures médicales pour renforcer la capacité du Liban à répondre à la pandémie et couvrir les frais d’hospitalisation des patients atteints par la COVID. À ce jour, 45 hôpitaux publics et privés ont bénéficié de ces approvisionnements et les factures d’hôpital de 768 patients ont été prises en charge par le projet.

Cependant, une augmentation sans précédent des cas de COVID-19 et un niveau élevé d’infections parmi le personnel médical ont mis à rude épreuve les capacités du secteur de la santé libanais. Associé à d’autres mesures de santé publique, le déploiement rapide de la vaccination est crucial pour protéger le système de santé, freiner la propagation du virus et mettre le pays sur la voie de la relance de l’économie sur des bases sûres.

Le 20 janvier dernier, le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale, réuni en séance extraordinaire, a approuvé une deuxième réaffectation des fonds du LHRP, portant le montant total du volet COVID-19 à 58 millions de dollars, dont 34 millions consacrés à la vaccination. Moins de 48 heures plus tard, le ministère de la Santé publique a pu utiliser ce financement pour acheter les premières doses de vaccins que le Liban recevrait.

Préparation de la campagne vaccinale

Le déploiement des vaccins prend bien plus de temps que leur achat. L’équipe de la Banque mondiale, en liaison avec d’autres partenaires du développement, a aidé le ministère de la Santé à préparer un plan national de déploiement des vaccins (NVDP), qui a été adopté le 27 janvier. Suivant ce plan, le vaccin sera administré aux populations prioritaires de manière inclusive et non discriminatoire. Le ministère a aussi pris des mesures pour organiser le dédouanement, la chaîne du froid indispensable au transport et au stockage des doses, ainsi que la préparation des sites de vaccination.

Le gouvernement a également mis en ligne le 28 janvier une plateforme numérique sur laquelle toutes les personnes vivant au Liban peuvent se préinscrire pour recevoir le vaccin anti-COVID. Les algorithmes de la plateforme permettront de sélectionner les bénéficiaires prioritaires en fonction de critères d’éligibilité convenus.

« Je suis heureux de constater que les groupes prioritaires reçoivent déjà le vaccin, quelques heures seulement après l’arrivée des doses au Liban », a déclaré Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord. « Nous veillerons à ce que la vaccination des populations prioritaires soit équitable et transparente, comme convenu avec le gouvernement. La réussite de cette campagne reposera sur les efforts déployés pour sensibiliser la population et l’encourager à s’inscrire et pour assurer une distribution équitable et transparente des vaccins. »

La Banque mondiale et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) ont signé un accord (a) pour mettre en place un contrôle indépendant de la campagne de vaccination anti-COVID au Liban. L’IFRC, en tant qu’organisme tiers de contrôle, sera chargée de vérifier de manière indépendante la conformité du déroulement de la vaccination avec le NVDP, les normes internationales et les exigences de la Banque mondiale dans tous leurs aspects techniques, environnementaux et sociaux, ceci afin de garantir un déploiement des vaccins sûr, efficace et équitable.

L’IFRC aura pour tâche de contrôler le stockage des doses, le maintien de la température tout au long de la chaîne logistique, l’administration des vaccins sur les sites dédiés et l’éligibilité des bénéficiaires, et de recueillir les observations des personnes vaccinées. En outre, les équipes de l’IFRC surveilleront les réseaux sociaux et analyseront les données du centre d’appel mis en place par le ministère de la Santé dans le cadre du mécanisme de règlement des plaintes établi au titre du projet.

En liaison avec le gouvernement et les partenaires du développement, la Banque mondiale a par ailleurs constitué un comité de suivi international — rassemblant la Banque mondiale, l’OMS, l’UNICEF, l’OIM, le HCR et l’UNRWA — afin de superviser le déroulement de la vaccination et d’assurer des actions de sensibilisation conjointes tout au long du processus.

L’acteur libanais de 93 ans Salah Tizani, qui appartient au groupe prioritaire des personnes âgées, reçoit sa première dose de vaccin contre le COVID-19 à Beyrouth le 14 février 2021 (Photo: Mohamed Azakir)

La mise en œuvre rapide de la campagne vaccinale, en collaboration avec tous nos partenaires et combinée à d’autres mesures de santé publique, est fondamentale à la fois pour préserver le système de santé du pays et pour ralentir la propagation du virus. La vaccination permettra d’entrevoir le bout du tunnel et nous espérons que cela aidera le Liban à relancer son économie sur des bases sûres.

Farah Asfahani : Health Specialist with the World Bank’s Health, Nutrition and Population Global Practice in the Middle, East and North Africa

Sherin Varkey : Public Health Expert and Strategist

Son Nam Nguyen : Lead Health Specialist

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