Pourquoi les touristes se noient-ils autant ?

Les accidents de noyade ont baissé en France, mais le danger guette tous les vacanciers, surtout quand ils se trouvent hors de chez eux. Explications.

Pendant la semaine de relâche, mais aussi avant et après, de nombreux vacanciers se ruent vers les plages de sable fin aux eaux bleu turquoise. Mais dans leurs efforts pour se détendre – et se réchauffer –, ils s’exposent souvent au risque de noyade en commettant une simple erreur cognitive due à leur « cerveau touristique ».

Le « cerveau touristique » se produit lorsque des repères visuels dans des endroits inconnus incitent les vacanciers à prendre des risques. Des études récentes démontrent que les touristes pensent à tort que les points d’accès aux plages situés près des centres de villégiature sont des zones de baignade sûres, en particulier lorsque des repères visuels, comme des sentiers entretenus et des affiches publicitaires, font la promotion de la baignade dans ces endroits.

Les touristes ont également tendance à croire que les guides touristiques indiquent la dangerosité d’une plage, et que leurs suggestions sur les endroits où nager sont basées sur des principes sécuritaires. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Au Costa Rica, par exemple, vingt touristes en moyenne, provenant des États-Unis, du Canada et d’Europe, se noient chaque année. Ces plages ne sont pas plus dangereuses que d’autres, simplement, dans d’autres destinations populaires, le nombre de touristes qui se noient n’est pas toujours connu ou signalé.

Trop de bières et de cocktails

Les touristes constituent un groupe à haut risque de noyade. Ils sont généralement peu familiers avec la plage et ses mesures de sécurité, et ont une mauvaise connaissance des dangers de la plage, tels que les courants de déchirement et les vagues déferlantes. Ce manque de connaissances est aggravé par les barrières linguistiques, la confiance excessive dans leur capacité de nager et la tendance à prendre des décisions imprudentes après avoir consommé trop de bières et de cocktails.

Sur cette plage très prisée du Costa Rica, des repères visuels, comme une allée bordée de palmiers, peuvent aussi vous attirer à l’eau. Bien que l’un des panneaux avertisse les clients de l’hôtel de faire attention à la baignade, le dessin donne l’impression qu’elle est encouragée. Et de manière générale, un grand nombre de visiteurs ne pensent tout simplement pas à la sécurité nautique, car les plages ne semblent offrir que distractions et tentations.

De multiples plages populaires auprès des touristes n’ont pas de sauveteurs ni de systèmes mis en place pour avertir des vagues dangereuses, des conditions de marée changeantes, de la vie marine périlleuse, comme les requins et les méduses, et de ce qu’on appelle les « courants d’arrachement ». Les courants sont la principale cause des sauvetages et des noyades sur les plages récréatives aux États-Unis et dans le monde entier.

Repérer les « déchirures »

Les courants d’arrachement (aussi appelés « courant de déchirure », « courant de retour » ou « flot de retour » ) sont de forts courants qui entraînent en direction du large les eaux apportées par les grosses vagues qui se brisent sur les plages. Ils se rencontrent sur les plages océaniques et dans certains grands lacs du monde entier. Poussés par le déferlement des vagues, ces courants s’étendent loin du rivage et peuvent facilement transporter les nageurs à une grande distance de la plage.

Bien qu’il puisse être difficile de repérer une déchirure, on peut les reconnaître à une zone d’eau relativement calme entre des vagues déferlantes ou à une tache d’eau plus foncée.

Une personne prise dans une déchirure est transportée loin de la rive dans des eaux plus profondes, mais elle n’est pas aspirée sous l’eau, comme on le croit généralement. La noyade commence lorsque le nageur est incapable de toucher le fond pour garder la tête hors de l’eau. S’il s’agit de nageurs peu expérimentés ou qui tentent de combattre le courant, la panique s’installe. Ces nageurs ne peuvent évaluer efficacement la situation ou trouver un moyen de s’en sortir et de retourner sur la terre ferme.

Quand la pression des pairs expose au danger

Même lorsque les nageurs sont conscients des courants d’arrachement et des autres dangers de la plage, ils risquent de prendre de mauvaises décisions. Malgré la présence d’avertissements, nos actions sont grandement influencées par le comportement des autres et la pression des pairs. Le « coût social » de ne pas aller dans l’eau avec le groupe peut l’emporter sur le risque posé.

Les étudiants en vacances ou qui participent à des programmes d’études à l’étranger sont enclins à prendre des risques lorsqu’ils sont sur la plage. Leurs actions sont guidées par celles des pairs, par la recherche de sensations fortes et par l’appartenance au groupe. À la place de rester sur la plage, les nageurs moins expérimentés se mettront en danger en suivant le groupe dans les vagues déferlantes et les eaux plus profondes. Les jeunes hommes sont les plus à risque de suivre le groupe et de se mettre en danger.

Un « raccourci cognitif » dangereux

Ces dernières années, un grand nombre de noyades médiatisées ont impliqué des jeunes qui étudiaient à l’étranger. En 2011, par exemple, trois adolescents de l’Ohio ont été emportés en mer à Playa Bejuco sur la côte centrale du Pacifique du Costa Rica et se sont noyés.

Si quelqu’un entre dans l’eau et ne rencontre pas de vagues ou de courants forts, il est plus susceptible d’adopter un comportement à risque le lendemain et le surlendemain, et ainsi de suite. Le comportement des utilisateurs de la plage est affecté par un « biais de confirmation », un raccourci cognitif qui fait en sorte qu’une personne accorde une attention sélective aux preuves qui confirment ses croyances préexistantes et ignore les preuves du contraire. Autrement dit, les gens ont tendance à penser : « Si je ne me suis pas noyé ou si je n’ai pas eu besoin de secours hier, je ne me noierai pas ou n’aurai pas besoin de secours aujourd’hui ou à l’avenir. »

Mais les courants menaçants ne sont pas présents partout ou à tout moment sur la plage – le risque est différent chaque fois que vous entrez dans l’eau. Les touristes sont trois fois moins susceptibles de faire des choix de baignade sûrs que les résidents et les baigneurs réguliers de la région. Les vacanciers ne peuvent rester en sécurité que s’ils sont conscients que les plages peuvent être dangereuses. Ils devraient également choisir de nager sur une plage où des sauveteurs patrouillent et interviennent lorsque quelqu’un est en danger.

Ce n’est pas parce qu’une plage est accessible, qu’elle a de nombreux attraits et qu’elle est située tout près d’une station balnéaire qu’elle apporte sécurité et tranquillité.

Source : LE POINT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.