Dossier Spécial AFGHANISTAN : De Bush à Biden… L’Afghanistan, cauchemar des quatre derniers présidents américains

La plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis aura été un fardeau pour chaque occupant de la Maison-Blanche. Vingt ans d’hésitations, de revirements, et d’échecs.

La chute de Kaboul, dimanche 15 août, met fin à la « guerre contre la terreur » lancée au lendemain du 11 Septembre par les Etats-Unis. Les talibans sont de retour dans le palais présidentiel, et Joe Biden porte une lourde responsabilité dans cette débâcle de l’armée américaine. « Cette issue n’était pas inévitable, le gouvernement des Etats-Unis a failli dans sa mission, juge Marvin Weinbaum, spécialiste de l’Afghanistan au Middle East Institute. Mais la catastrophe ne vient pas d’un seul homme, cet échec profond s’est construit depuis des années. » La guerre la plus longue de l’histoire des Etats-Unis doit beaucoup aux errements de leurs présidents, incapables de définir une stratégie durable en Afghanistan.

George W. Bush, de la guerre éclair à la mission civilisatrice

Moins d’un mois après le 11 septembre 2001, les premières frappes américaines résonnent en Afghanistan. George W. Bush lance ce qui n’est alors qu’une « opération » contre le groupe terroriste Al-Qaeda et ses protecteurs, les talibans. En déroute, ces derniers quittent le pouvoir et permettent à Washington d’installer un nouveau gouvernement à Kaboul dès le mois de décembre. « L’intervention américaine en Afghanistan est l’exemple parfait de la mission qui va trop loin, souligne Richard Haas, président du Council on Foreign Relations. La guerre encadrée et nécessaire de 2001 s’est transformée, au fil du temps, en une guerre massive. » Dès 2002, Bush promet « une nouvelle ère des droits de l’homme » aux Afghans et un « plan Marshall » pour développer le pays. La guerre en Irak, en 2003, fait passer Kaboul au second plan pour les Américains. Les investissements promis n’arrivent pas, et le conflit s’enlise.

Les revirements d’Obama

Candidat pacifiste, Barack Obama hérite des guerres en Irak et en Afghanistan. S’il a voté contre l’invasion de l’Irak, l’ancien sénateur démocrate croit à la nécessité d’une victoire en Afghanistan pour mettre fin à la guerre. Poussé par le Pentagone, il double la présence américaine à Kaboul dès sa première année, qui atteint 100 000 soldats sur le front. 

En mai 2012, un an après l’élimination d’Oussama Ben Laden, un Obama triomphant annoncera, depuis l’Afghanistan, que « l’objectif de battre Al-Qaeda et l’empêcher de se reconstruire se trouve à portée de main ». Mais, après avoir organisé le retrait des troupes d’Irak en 2011, il établit un calendrier strict de retour au pays pour l’armée américaine. Malgré la montée en puissance des talibans, il ramène des dizaines de milliers de soldats aux Etats-Unis.

Puis il change de nouveau de stratégie en 2015. « Le président a observé comment Daech s’était servi du vide laissé par les Américains en Irak pour prospérer, il a voulu éviter pareil scénario en Afghanistan », justifiera son conseiller Ben Rhodes dans la presse américaine. Obama quitte le pouvoir en laissant 10 000 hommes pour épauler l’armée afghane, en grande difficulté pour contenir les talibans.

Le deal catastrophique de Trump

Mettre un terme aux « guerres sans fin des Etats-Unis », et d’abord à celle d’Afghanistan, telle est la promesse phare de la campagne nationaliste de Donald Trump pour la présidentielle. Mais, comme Obama avant lui, le milliardaire new-yorkais se laisse d’abord convaincre par ses généraux du risque terroriste et envoie 4 000 soldats supplémentaires pour sécuriser le pays. 

L’ancien magnat de l’immobilier décide finalement, à partir de 2018, de négocier directement la fin de la guerre avec les talibans, sans même convier le gouvernement afghan aux discussions. En février 2020, les deux camps s’accordent pour un retrait américain au 1er mai 2021, sans véritable contrepartie. « Les talibans ne pouvaient pas espérer mieux, se désole l’analyste Marvin Weinbaum. Les Américains s’en vont, et ils ont les mains libres pour instaurer un émirat islamique. Il était complètement illusoire de la part du gouvernement américain de croire que les talibans allaient partager le pouvoir… » 

Après sa défaite à la présidentielle, Trump décide de ne laisser que 2 500 soldats américains en Afghanistan. Tout est en place pour un désastre.

Joe Biden, la faute morale et stratégique

Après quatre ans d’isolationnisme, Joe Biden proclame : America is back. Mais sur l’Afghanistan, le président de 78 ans a une opinion bien différente, et très tranchée. « Je ne transmettrai pas cette guerre à un cinquième président », assure-t-il, très marqué par l’envoi en Irak de son fils, Beau, en 2009. « Biden s’est toujours battu pour une présence américaine minimale en Afghanistan, et il est très têtu, raconte Marvin Weinbaum, qui s’est souvent confronté à l’ancien sénateur lors d’audiences au Congrès. Ils ne le diront pas publiquement, mais en privé tous ses conseillers lui ont dit de ne pas quitter l’Afghanistan de cette manière. »

Alors que le Pentagone recommande d’envoyer 2 000 nouveaux soldats pour stabiliser le pays, Biden s’appuie sur le deal passé par Trump pour quitter l’Afghanistan. « L’accord avec les talibans n’était en rien un traité de paix, mais une bonne excuse pour le départ des Américains, estime Richard Haas. Le gouvernement Biden a choisi d’honorer cet accord complètement bancal par peur que la situation ne se détériore et qu’il soit dans l’obligation de déployer de nouvelles troupes. » 

En moins d’un mois, l’Afghanistan s’est écroulé, laissant place à la terreur des talibans. Joe Biden devra désormais assumer les conséquences de cette débâcle. Seul. 

CHRONOLOGIE

7 octobre 2001

Premiers bombardements américains contre les talibans, à la tête d’un régime totalitaire en Afghanistan. Le pays abrite des bases d’Al-Qaeda, organisation terroriste responsable des attentats du 11 Septembre. 

13 novembre 2001

L’armée américaine prend Kaboul sans combattre, après la fuite des talibans. Un gouvernement afghan de transition est installé le mois suivant.

1er décembre 2009

Face à l’insurrection des talibans, Barack Obama annonce l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires. Les forces de la coalition atteignent 150 000 hommes en Afghanistan.

2 mai 2011

Oussama Ben Laden est tué par les forces spéciales américaines au Pakistan. Un calendrier de retrait d’Afghanistan est annoncé par Obama.

29 février 2020

Les Etats-Unis signent un accord de retrait d’Afghanistan avec les talibans à Doha, au Qatar. 

15 août 2021

Les talibans prennent Kaboul après le départ de l’armée américaine et du gouvernement afghan, point final de leur reconquête des capitales provinciales entamée le 6 août.

Source : L’EXPRESS

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