La GovTech au temps de la COVID : des besoins urgents, des progrès inégaux

La pandémie de COVID-19 a isolé beaucoup de gens chez eux et a perturbé le fonctionnement normal des États, partout dans le monde. Cette crise a souligné l’urgence de se doter, à l’aide des technologies les plus récentes, d’une administration publique simple, efficace et transparente, qui privilégie les besoins des citoyens.

La GovTech — ou le recours aux nouvelles technologies pour moderniser le secteur public — pourrait être un excellent moyen de concrétiser les promesses de l’ère numérique, en améliorant les systèmes d’administration essentiels et les services aux citoyens. Un nouveau rapport, intitulé The State of Public Sector Digital Transformation, dresse un état des lieux exhaustif sur le degré d’avancement de 198 États à cet égard et sur le parcours qu’il leur reste à accomplir. Cette étude met en évidence les domaines où des progrès sont à réaliser, afin d’éclairer les décisions des gouvernants et de leurs conseillers sur les difficultés particulières à surmonter pour progresser dans la modernisation du service public. Pour les praticiens, le rapport est aussi une ressource utile à la conception de projets de transformation numérique.

L’indice de maturité GovTech (GTMI) procure une vue d’ensemble de la situation, assortie de divers exemples de bonnes pratiques et de points d’entrée pour un progrès technologique. Cet indice composite, fondé sur 48 indicateurs, comprend quatre sous-indices :

  • L’indice d’administration centrale (CGSI) prend en compte les principaux aspects d’une approche pangouvernementale, à savoir le cloud, l’architecture intégrée et les systèmes intégrés de données de gestion financière.
  • L’indice de prestation de service public (PSDI) repose sur des données obtenues à l’aide de l’indice de service en ligne des Nations Unies, ainsi que sur de nouveaux indicateurs sur les portails en ligne, les services de dépôt de documents en ligne ou les capacités de paiement électronique, entre autres.
  • L’indice de participation des citoyens (CEI) mesure les caractéristiques des plateformes participatives publiques, des dispositifs de remontée d’information citoyenne et des portails de services publics ou de données en accès libre.
  • Enfin, l’indice des facilitateurs de GovTech (GTEI) évalue les éléments facilitant l’accomplissement de la GovTech : stratégies, institutions, règlementations, compétences numériques et politiques ou programmes en faveur de l’innovation. Toutes les données pour chaque économie sont disponibles ici (a).

Le rapport classe les 198 économies en quatre groupes en fonction de leur score GTMI, du A (leaders de la GovTech) au D (intérêt minimal pour la GovTech). (Voir figure ci-dessous)

L'état de la GovTech dans le monde, par groupes de pays GTMI, 2020

Ce planisphère est frappant à divers titres. Dans 80 pays sur les 198 étudiés, il existe des organismes publics pilotant le programme GovTech. Si les 43 pays du groupe A sont répartis dans toutes les régions du monde, les 33 pays du groupe D se situent majoritairement en Afrique. La plupart des économies se classent dans les groupes B et C (59 et 63 respectivement), ce qui révèle de considérables marges de progrès en matière de GovTech. 

De manière prévisible, les pays du groupe A affichent en moyenne le score le plus élevé. Il existe en outre une importante différence entre les groupes A et D, comme illustré ci-dessous. De même, on constate un considérable écart entre les scores moyens des pays à revenu élevé et faible. Ces observations sont conformes aux conclusions des éditions 2016 et 2021 du Rapport sur le développement dans le monde, qui faisaient état du creusement de la fracture numérique, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire. La pandémie de COVID-19 a révélé de persistantes inégalités sociales, doublées de cette fracture numérique toujours plus profonde. De nombreuses communautés rurales, mais aussi des populations défavorisées dans de vastes zones urbaines, sont toujours privées d’accès fiable et d’un coût abordable.

Scores GTMI moyens

Le rapport révèle en outre des tendances dans les stratégies et la position des différents États vis-à-vis de la transformation numérique. Au cours des cinq dernières années, environ 120 pays ont adopté des stratégies d’administration numérique plus centrées sur le programme GovTech. Privilégiant une approche pangouvernementale de la modernisation du secteur public, ils favorisent un accès amélioré aux services en ligne, des plateformes participatives multifonctionnelles et un écosystème GovTech durable. Cette évolution se perçoit mieux dans les groupes A et B. Au sein des groupes C et D, certains pays, comme l’Angola, Cuba, le Guatemala, le Nigéria et le Sénégal s’attachent également à améliorer la gouvernance des données, les connaissances élémentaires en la matière et les compétences numériques en général, et à innover dans le domaine du secteur public. L’étude présente 22 cas de bonnes pratiques GovTech, dans toutes les régions du monde et dans toutes les catégories de revenus.

Les conclusions du rapport suggèrent des champs d’action pour les pays clients de la Banque mondiale. Depuis qu’en 2018, la Banque, avec le soutien de l’Autriche, de la Corée du Sud et de la Suisse, a lancé l’initiative de partenariat mondial GovTech, le portefeuille de projets dans ce domaine s’est considérablement étoffé partout dans le monde, de l’Argentine au Viet Nam. Ces projets visent à l’amélioration de différents aspects de la GovTech : les pays qui n’en sont qu’au début de leur transformation numérique donnent la priorité à la connectivité, aux plateformes, à la stratégie et aux politiques à mettre en œuvre ; d’autres pays, plus avancés, s’intéressent davantage aux applications de données innovantes ou à l’intelligence artificielle pour assurer des services plus proactifs, ainsi qu’aux mégadonnées, qui facilitent la planification et l’élaboration de politiques publiques.

Le rapport indique que les pays disposent de nombreuses possibilités d’améliorer leurs systèmes, services et plateformes, au bénéfice de leurs institutions et de leurs citoyens. Les analyses et données que contient cette étude sont à même d’alimenter le dialogue au niveau national pour accélérer l’accomplissement du programme GovTech. D’ici à l’établissement du prochain GTMI, la méthodologie employée sera affinée et l’ensemble de données GovTech actualisé afin que l’indice reflète évolutions et tendances.

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Auteurs

Kimberly Johns

Senior Public Sector Specialist

Cem Dener

Lead Governance Specialis

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