Turquie: une tentative d’assassinat d’Erdogan déjouée sur fond de crise économique

Les services spéciaux turcs ont annoncé avoir déjoué une tentative d’attentat sur Recep Tayyip Erdogan alors que son pays est secoué par une crise économique qui voit l’inflation monter et la livre turque perdre 30% de sa valeur en un mois.

Les services spéciaux turcs ont annoncé avoir désamorcé une bombe placée sous une voiture de police dans la ville de Siirt en marge d’un rassemblement populaire auquel le Président Recep Tayip Erdogan participait. L’information a été confirmée par Hamza Dag, vice-président du parti de la justice et du développement (AKP) au micro de CNN Turk.

« Un engin explosif a été placé sous la voiture d’un policier travaillant à Mardin, il y avait un plan pour le faire sauter à son arrivée à Siirt. Ils voulaient perturber le rassemblement. Il y a ceux qui essaient de détruire l’environnement pacifique. »

Selon la chaîne CNN Turk, le mécanisme placé sous le véhicule a été découvert le matin et l’information n’a été rendue publique qu’après le rassemblement afin d’éviter toute panique.

Une équipe de déminage est intervenue afin de désamorcer la bombe et une enquête a été ouverte afin de retrouver les suspects.

Un contexte économique difficile

La Turquie est frappée depuis ces derniers mois par une crise économique qui se manifeste par une forte inflation et une dévaluation de la livre turque. En un mois, celle-ci a perdu 30% par rapport au dollar et l’inflation atteint 21%, soit quatre fois les objectifs prévus par le gouvernement. C’est dans ce contexte que mercredi 1er décembre, Recep Tayyip Erdogan a limogé son ministre des Finances Lutfi Elvan et remplacé ce dernier par Nurredin Nebati. Il faut noter qu’il s’agit du troisième ministre des Finances en deux ans. En effet, Berat Albaryak a dû démissionner en 2020 pour des raisons de santé avant d’être remplacé par M.Elvan. Ainsi, le salaire minimum truc (2.825,90 livres) qui valait 364 euros en janvier dernier n’en vaut plus que 182 euros à l’heure actuelle.

M.Erdogan a promis le 4 décembre durant son meeting de Siirt une valorisation conséquente des salaires afin de compenser l’inflation. Il a affirmé que la Turquie subit des attaques d’ordre économique depuis près de trois ans. Il faut dire que les relations internationales entre ce pays, l’Union européenne et l’Otan sont compliquées depuis 2019. La même année, Ankara avait acheté des missiles russes S-400, ce qui avait fortement déplu à Washington qui en retour avait imposé des sanctions le 14 décembre 2020. La Turquie avait alors dénoncé une injustice.

En 2020, elle avait fait valoir son droit de veto au sein de l’Otan contre un plan de défense de la Pologne et des Pays baltes avant de finalement lever ce dernier après qu’un accord a été trouvé. La même année durant l’été, des tensions étaient apparues entre la Turquie et la Grèce en mer méditerranée avec des manœuvres militaires menées par les deux pays sur fond de recherche d’hydrocarbures. Ces tensions avaient également impliqué la France puisqu’Ankara, par le biais de son chef de la diplomatie Mevlüt Cavusoglu, avait accusé Paris de « jouer au caïd » en méditerranée lors d’une conférence de presse à Genève en août 2020. Le 2 octobre 2020, l’Union européenne avait exprimé lors d’un conseil extraordinaire « sa pleine solidarité avec la Grèce et Chypre dont la souveraineté et les droits souverains doivent être respectés ».

Le coup d’État manqué de 2016

Dans la nuit du 15 juillet au 16 juillet 2016, des militaires ont tenté de prendre le pouvoir en Turquie. Cette tentative s’est soldée par un échec et a coûté la vie à 273 personnes. Près de 3.000 militaires ont par ailleurs été arrêtés. Ankara a pointé du doigt la responsabilité des États-Unis et mis en cause un mouvement religieux turc: les Gülenistes. Il faut noter que le chef spirituel de ce mouvement, Fetthulah Gülen, est exilé aux États-Unis et que la Turquie exige son extradition, ce à quoi Washington s’oppose.

Suite à ces événements, Ankara a mis en place une purge au sein de ses institutions avec plus de 110.000 militaires, enseignants, fonctionnaires, magistrats et policiers révoqués entre juillet et novembre 2016. Les personnes ayant été impliquées dans le putsch ont été jugées. En 2020, un total de près de 4.500 personnes a été condamné, dont 3.000 à des peines de prison à vie.

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